Hélène Bellon-Méguelle / Camille Carnaille / Philippe Frieden et. al.: Une autre cité des dames. Hommage à Yasmina Foehr-Janssens (= Publications romanes et françaises; CCLXXXIII), Genève: Droz 2025, 806 S., ISBN 978-2-600-06596-2, EUR 36,97
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Philippe Depreux / François Bougard / Régine Le Jan (éds.): Compétition et sacré au haut Moyen Âge: entre médiation et exclusion , Turnhout: Brepols 2015
John W. Baldwin: Knights, Lords, and Ladies. In Search of Aristocrats in the Paris Region, 1180-1220, Philadelphia, PA: University of Pennsylvania Press 2019
Pavlína Cermanová / Václav Žůrek (eds.): Books of Knowledge in Late Medieval Europe. Circulation and Reception of Popular Texts, Turnhout: Brepols 2021
Fruit d'un projet initié en 2023, le volume Une autre cité des dames entend rendre hommage aux travaux de Yasmina Foehr-Janssens - spécialiste de l'écriture genrée et des figures féminines, notamment la veuve et la jeune fille, dans la littérature médiévale et (biographie, 15-28 ; portrait photo en noir et blanc, 8) à l'Université de Genève, - tout en faisant également honneur au Livre de la Cité des Dames, œuvre majeure de l'autrice Christine de Pizan (1364-vers 1430) composée entre 1404 et 1407 et amplement étudiée par Yasmina Foehr-Janssens elle-même, en particulier dans son maître ouvrage La Veuve en majesté. Deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale (2000).
Dans cette perspective, le recueil rassemble quarante-sept chapitres de chercheur.euse.s ami.e.s et disciples de Yasmina Foehr-Janssens, lui témoignant leur amitié en prolongeant ses pistes de recherche axées autour des femmes dans la littérature dans l'Occident chrétien médiéval, tantôt sous la forme d'un article académique à partir de sources littéraires au sens large, allant de la littérature courtoise à l'hagiographie ; tantôt sous la forme d'une œuvre de fiction empruntant généralement aux codes de la littérature médiévale (Estelle Doudet « le Dit d'Hortense » 247-260, Dóra Kiss « Aignelatte, Blaise, Catherine » 403-419, Dominique Demartini « La bête mue » 615-619) ; tantôt par l'édition de sources (Frédéric Tingeluy « Une poétesse assassinée : Isabella Morra et sa canzone contre Fortune » 661-669, Sophie Lecomte « La Passion des onze mille vierges dans le légendier de Sœur Johanne de Malonne (Leyde, Universiteitsbibliotheek, PBM 46A) » 685-698).
Réparties en trois axes, les contributions se succèdent - par ordre alphabétique d'Alphée et Aréthuse à Simone de Beauvoir - dans une galerie de portraits de figures féminines, historiques ou fictives, majoritairement médiévales mais parfois aussi modernes (Charlotte Duplessis-Mornay née Arbaleste (1548-1606) dans Daniela Solfaroli Camillocci « Les « Mémoires » de Charlotte d'Arbaleste (1549-1606) : genèse et contraintes d'un statut d'autrice » 435-450, l'artiste peintre du XVIIe siècle Clara Peeters dans Jan Blanc « Visibilité, invisibilisation et revisibilisation d'une femme peintre : l'histoire singulière de Clara Peters » 639-655, la poétesse italienne de la Renaissance Isabella Morra 661-669) et contemporaines (la femme politique Melina Mercouri dans Emmanuelle Métry « Où il est question de la ministre Mélina » 567-569, la comédienne et professeure Béatrice Perregaux-Michot dans Éric Eigenmann « De Béatrice Perregaux-Michot à Yasmina Foehr-Janssens » 609-613, l'exploratrice suisse Ella Maillart dans Agnès Vannouvong « Ella Maillart, une exploratrice en tout genre » 657-660, l'autrice américaine Louise Erdrich dans Michelle Szkilnik « Louise Erdrich : de la difficulté d'écrire la vie d'une sainte (The Last Report on the Miracles at Little No Horse) » 699-715, la philosophe française Simone de Beauvoir dans Tania van Hemelryck « Simone et Martin : un malentendu dans le Deuxième Sexe » 733-747). À terme, il s'agit de produire une « autre cité de Dames » suivant le modèle christinien, c'est-à-dire d'offrir une collection d'exemples de figures de femmes qui par leur parcours, leurs actions, leur esprit et leur force de caractère ont été des actrices pleines et entières de l'histoire ou d'œuvres littéraires.
Les trois parties - auxquelles s'ajoute un « Envoy » comportant un unique article traitant de la lettre Y (Sylvie Lefèvre « Y comme et pour Yasmina » 751-769) en écho au Y de Yasmina - se consacrent tour à tour à la littérature « Celles qui jouent (un rôle dans une œuvre de fiction) » - partie la plus développée (366 pages)-, puis à l'histoire « Celles qui font l'histoire » (187 pages), et enfin aux arts de manière générale « Celles qui trouvent (c'est-à-dire celles qui créent) » (158 pages).
Circonscrites à ce cadre très souple, toutes les contributions se placent dans la continuité de la recherche de Yasmina Foehr-Janssens dans la mesure où elles mettent en exergue l'agentivité des femmes dans le monde (médiéval), que ces femmes soient des personnalités historiques, politiques (la comtesse Isabelle de Neuchâtel (1335-1395) dans Alain Corbellari « Isabelle de Neuchâtel : dame courtoise ou femme de pouvoir » 501-510, Marguerite de Male c'est-à-dire Marguerite III de Flandre dans Bernard Ribémont « Marguerite de Male, duchesse de Bourgogne, 'haulte dame de France' (1350-1405) » 525-539), sacrées (la Vierge Marie dans Cédric Giraud « L'autre femme de sa vie : Pierre Abélard et la Vierge Marie dans le 2e sermon pour Noël » 541-553 et dans Brigitte Roux « Le lait de la Vierge en débats (du Moyen âge à la Renaissance) » 555-566), spirituelles (sainte Catherine d'Alexandrie (début du IVe siècle) dans Franco Morenzoni « Catherine d'Alexandrie au miroir de quelques sermons du XIIIe siècle : une sainte cultivée et prédicatrice ? » 421-433, sainte Douceline de Digne (1214-1274) dans Caterina Menichetti « La Vida de la benaurada Doucelina : nouvelles propositions pour une hagiographie occitane » 451-470, sainte Euphrosine d'Alexandrie (Ve siècle) dans Philippe Frieden « Les muances de la sainte » 471-482, sainte Colette de Corbie et la bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé dans Renate Blumenfeld-Kosinski « La recluse et l' « hermitesse » : la place et la fonction de la réclusion et de l'érémitisme dans les vies de sainte Colette de Corbie (1381-1447) et de la bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé (1331-1414) » 511-523, sainte Radegonde (518/521-587) dans Jean-Yves Tilliette « Une veuve en majesté ? Sainte Radegonde et sa biographe » 571-588, la reine Isabelle de France (1295-1358) dans Madeleine Jeay « Trois biographes médiévales de femmes mystiques : Agnès d'Harcourt, Felipa Porcelet et Marguerite d'Oingt » 591-607), culturelles (l'autrice familiale Charlotte Duplessis-Mornay 435-450, Christine de Pizan dans Anne Paupert « Christine de Pizan : une femme, une écrivaine et une féministe au XVe siècle » 621-637 et 615-619, la bénédictine wallonne du XVe siècle Johanne de Malone dans Julie Bévant « Sœur Johanne de Malone : la compilation hagiographique par et pour des femmes dans la région de Liège à la fin du XVe siècle » 671-684 et 685-698, la poétesse Marie de France (1154-1189) dans Marion Uhlig « Marie de France, ou le chèvrefeuil du lai » 717-732) ou des personnages de fiction issues de la littérature dite courtoise - essentiellement dans la première partie de l'ouvrage.
La forme même du recueil d'hommage conduit, comme c'est souvent le cas pour ce type de publication, à réunir des articles hétéroclites tant par leur objet, leur modalité d'écriture que par leur méthode - bien que le classement selon trois grands axes guide la lecture au sein de trois disciplines - et à afficher des entrées doublées (Blanchefleur, Douceline de Digne, Johanne de Malone, la Vierge Marie) qui pour autant ne sont pas des redites du fait d'angles d'analyse distincts. Le bémol le plus évident à formuler a trait à la bibliographie : les travaux de Yasmina Foehr-Janssens sont répétés d'une contribution à une autre alors qu'un référencement unique aurait suffi. Par ailleurs, des références bibliographiques portant sur le genre au Moyen âge et le travestissement sont sous-exploitées, notamment Les genres fluides (2020) de C. Maillet qui est cité une seule fois alors même que de nombreux chapitres abordent ces questions.
In fine, le point fort de cet ensemble original réside donc essentiellement dans la rencontre de la littérature et de l'histoire médiévales, permettant de croiser les regards et de nourrir les réflexions d'une discipline à une autre.
Anne-Laure Méril-Bellini delle Stelle